Anulingus, peg, fisting -Des tabous tombent

[French] [French] fisting

Au départ, j’allais écrire : « Anulingus, peg, fisting… Les nouvelles tendances sexuelles ». Mais je me suis ravisée. S’agit-il vraiment de nouvelles tendances? Je ne voudrais pas que ceux qui les pratiquent depuis 1952 pensent que je les traite de pervers, ni que les néophytes en la matière en déduisent qu’ils sont ringards.

c’est la même chose
Si leur étendue, dans les faits, demeure incertaine, ces pratiques ont néanmoins pas mal fait parler d’elles depuis quelque temps. Elles semblent avoir quitté la zone d’ombre du tabou pour émerger, timidement, dans la culture populaire.

Mais un certain mystère les entoure. Plus d’un sexologue a déclaré forfait devant mes questions. J’ai quand même poussé mes recherches.

Commençons par l’anulingus. En gros, c’est la même chose que le cunnilingus, mais pour les fesses. Cela consiste à lécher l’anus de sa ou de son partenaire. Pour les romantiques, on peut aussi dire « faire une feuille de rose ».

Récemment, on a pu voir le personnage de Marnie, dans la série Girls, en recevoir un. Le site Salon a aussi consacré un article à l’anulingus le mois dernier.


La question qui tue
C’est une pratique très démocratique : tout le monde ayant un anus, tout le monde peut donc faire et recevoir un anulingus. Pas de jaloux.

La sexologue Marie-Ève Ross estime que c’est une pratique assez courante chez les hommes homosexuels. Chez les hétérosexuels, selon une étude de 2008, 24 % des hommes qui pratiquent le sexe anal ont déjà donné un anulingus à leur partenaire, et 15 % en ont déjà reçu un. Toutefois, chez les hommes qui ne font pas de pénétration anale, 2 % à 4 % s’adonnent quand même à l’anulingus.

On peut retirer du plaisir de cette activité parce que l’anus est une partie du corps riche en récepteurs nerveux.

La question qui tue : est-ce que c’est sale? Pas si on est propre. Toutefois, si notre partenaire est porteur de bactéries provoquant la gastro-entérite, l’ingestion peut être problématique, évalue Marie-Ève Ross. Si elles sont transmises de l’anus au vagin, des bactéries peuvent aussi provoquer des vaginites, précise la sexologue.

De plus, on peut contracter des ITS avec l’anulingus comme avec les autres types de sexe oral. Il existe des protections buccales pour limiter les risques.


stimulation vaginale
Continuons à parler de fesses, si vous le voulez bien, et attardons-nous maintenant au peg.

Cette pratique demande un peu plus de préparation qu’une feuille de rose. Cela nécessite une femme, un homme et un gode-ceinture (un godemiché attaché à un harnais porté à la taille). La femme porte le godemiché et sodomise l’homme.

La femme ressent du plaisir, soit grâce au contact de la base de son godemiché contre sa vulve, soit grâce à un vibromasseur placé dans la ceinture, ou encore en recherchant une stimulation vaginale avec un godemiché à deux bouts. L’homme, lui, ressent du plaisir grâce au mouvement de va-et-vient dans le rectum et l’anus, et du fait que sa prostate peut être ainsi stimulée. Les adeptes de cette pratique conseillent de commencer la recherche de la prostate avec les doigts « pour apprendre où la prostate se situe et comment elle réagit ».


fisting consiste à faire pénétrer une main
Un des aspects excitants du peg réside dans le fait que les rôles hétérosexuels traditionnels au lit sont inversés, puisque c’est la femme qui fait la pénétration.

Celui qui a inventé le mot pegging en 2001, le chroniqueur Dan Savage se réjouit de voir la pratique popularisée et, surtout, libérée des préjugés qui y ont souvent été associés. Alors que par le passé, celle-ci était présentée comme un geste désagréable ou émasculant pour l’homme, il a récemment été mis en scène dans la série américaine Broad City sans que cela soit associé à la perversité ou à l’humiliation. Au contraire, c’était présenté comme une expérience excitante et normale.

Passons maintenant au fisting. Souvent associé au sadomasochisme et récemment interdit dans la pornographie en Angleterre, le fisting consiste à faire pénétrer une main au complet dans le vagin ou le rectum. Souvent associé à l’homosexualité, il se pratique aussi entre hétéros.


parce qu’elle comporte des risques importants
Contrairement à ce que son nom laisse entendre (fist veut dire « poing »), ce n’est pas le poing fermé qui est inséré, mais plutôt une main droite, avec les doigts regroupés. La personne qui pénètre peut aussi placer sa main en forme de bec de canard pour faciliter l’intromission.

Selon des témoignages, le plaisir ne dérive alors pas d’un mouvement de va-et-vient, mais plutôt de l’étirement du vagin ou de l’anus, ou du fait de se sentir « bien rempli », m’explique Dunter Frank, conférencier spécialisé dans le BDSM et les sexualités alternatives.

Cette pratique est souvent considérée comme extrême, parce qu’elle comporte des risques importants. Elle peut occasionner des perforations ou des lésions au vagin, au rectum ou au périnée (la paroi intérieure du pelvis). Elle peut donc s’avérer dangereuse.

« Il faut y aller progressivement », dit Dunter Frank. « On ne peut pas juste dire, un soir : J’ai vu ça dans un porno, essayons ça! »


un principe de grande délicatesse
FLa pénétration anale est par ailleurs souvent plus ardue que la pénétration vaginale, ajoute-il. Il faut aussi prendre en compte que toutes les mains n’ont pas la même grandeur.

Selon les adeptes de cette pratique, le fisting exige une lubrification abondante, des gestes très prudents et un grand respect de son partenaire.

En France, un universitaire qui vient de rédiger un ouvrage sur le sujet dit que le fisting requiert « un principe de grande délicatesse ».

Qu’elles vous enchantent ou vous dégoûtent, ces pratiques témoignent à quel point la sexualité est un monde vaste et riche. Et pour les missionnaires curieux munis de laissez-passer, il n’y a plus beaucoup de voies impénétrables.






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